Fisheye Gallery

Thomas Klotz

À propos

« On ferme les yeux et on imagine des vues infinies de plaines canadiennes, des lacs cristallins, des aurores boréales. D’emblée, le titre de la série de Thomas Klotz nous transporte ailleurs, dans une contrée étrangère, qui serait septentrionale et a priori anglo-saxonne. Pourtant, dès la couverture, l’image contredit nos attentes : cette façade en brique, ce n’est pas un paysage mais une vue frontale, bouchée, sans horizon donc, ni ligne de fuite, auquel seul un petit coin de ciel blanchi confère une respiration. Un agencement bidimensionnel de formes qui segmentent le cadre choisi par le photographe et auquel se heurte le regard plus qu’il ne l’invite à s’élargir. Le territoire que nous découvrons est, à rebours, celui urbain et périurbain des villes du Nord de la France. C’est aussi un territoire pictural : celui de la photographie de paysage, héritée de la peinture et dont les codes ont été bouleversés par les jeunes Américains tels que Stephen Shore et Henry Wessel. (…)Thomas Klotz est originaire du Nord de la France. Il connaît les paysages de sa région natale, les a éprouvés, vus peut-être jusqu’à ne plus les voir, avant de les quitter en s’installant à Paris, puis de les redécouvrir en visiteur, familier mais étonné. Cet équilibre maintient ses photographies loin de toute recherche du pittoresque, comme de tout système. Pour rigoureuse que soit sa série qui égrène les façades dans une sorte de désespoir froid et les entrecoupe de quelques échappées dans la nature et de rares vues intérieures, le parti pris conceptuel ne semble jamais préexister à la prise de vue. Si Klotz partage la fascination d’un Lewis Baltz pour la simple qualité ontologique de ses objets et leur manifestation sérielle, son travail se caractérise aussi par une poésie de la ponctuation : ici, une mystérieuse « peau de chagrin » dessinée sur un mur par des briques descellées, là une portion de tuyau rouge vif, plus loin un sentier courbe qui nous mène hors-champ. Plus brutalement, certaines images fonctionnent comme de véritables césures, tels ces détergents surmontés d’un Christ en croix ou cet Amadeus surgi du fond d’un lit d’hôpital. Elles viennent arrêter le mouvement des images et teintent d’anxiété la représentation d’un monde encore trop étrange pour être tout à fait éteint. »

– Sonia Voss